VIDÉO – Légende du paquebot France : des archives inédites

Léa Tintillier | Reportage TF1 Quentin Fichet, Florian Le Goïc
Publié le 6 juin 2022 à 10h15

Source : JT 13h WE

Dans les années 1960, le paquebot France a fait la fierté du pays.
À l’époque, ce bateau battait des records de grandeur et de luxe, avant d’être démantelé en 2007.
Découvrez dans notre reportage des archives exceptionnelles jamais diffusées à la télévision.

Certains soirs, après avoir trop bu, trop lu, il arrive, dit-on, d’apercevoir son ombre à l’horizon. Silhouette massive, légende prise dans la brume, le paquebot France a relié Le Havre à New-York durant les années 1960 et 1970. Quatre jours et demi de traversée au coeur de l’Atlantique. Si aujourd'hui le navire a été détruit, sa légende perdure.

Au Havre (Seine-Maritime), une initiative a été lancée pour faire vivre la mémoire du France. "On est là pour cueillir les souvenirs des personnes qui ont vécu au Havre pendant la présence du paquebot", explique Marie-Laure Stirenemann, responsable animation de l’association Passerelle de mémoire, qui enregistré le témoignage de ceux qui ont déjà aperçu le célèbre paquebot. Grâce à ces mémoires, un documentaire sera réalisé et sera proposé en accès libre sur Internet. "Il y a une histoire d’amour dans ce rapport au France", affirme Pierre Goupillon, réalisateur pour l’association. "À chaque fois, c’est une aventure qu’on raconte"

Mensurations folles

Une épopée qui a débuté il y a plus de 60 ans à 400 kilomètres du Havre sur le chantier naval de Saint-Nazaire. Quatre ans de travaux, 1300 ouvriers… Le France est alors le symbole du savoir-faire français, la fierté d’un pays. Il a été inauguré, mais aussi baptisé sous les yeux du président De Gaulle et de sa femme Yvonne, marraine du paquebot. C’est alors parti pour 13 ans de traversée transatlantique.

Le France est un bateau aux mensurations folles. Il est longtemps resté le plus long paquebot du monde : 316 mètres d’envergure pouvant accueillir plus de 2000 passagers. Les plus riches voyagent dans des cabines grand luxe équipées de télévisions et de téléphones. À bord, de nombreux salons, cinémas, théâtres et sur le pont, une piscine couverte installée avec suffisamment d’espace pour parfaire son bronzage. 

En tout, le paquebot a accueilli plus de 500.000 passagers en 377 traversées. La première s’est effectuée le 8 février 1962. Des images inédites dévoilées dans notre reportage en tête de cet article. Un film amateur déniché par un passionné il y a quelques mois et réalisé par un ou une passagère dont on ignore tout. 

Puis, en 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing décide que le France, propriété de l’État, coûte trop cher et n’est pas rentable. Fin de partie. L’équipage proteste et bloque le bateau sur le chenal du port du Havre pendant 88 jours. "Sans regret et s’il fallait le refaire, je le referais", témoigne André-Pierre Terrier qui, à l'âge de 16 ans, a officié comme mousse sur le navire. "On a obtenu le fait d’avoir pour les licenciements 90% du salaire pendant un an, mais surtout ce qu’on a obtenu, c’est une certaine fierté. Une certaine fierté de ne pas avoir laissé partir ce bateau, qui était le bateau des Havrais, le bateau des Français", raconte-t-il. 

Démantelé en Inde en 2007

Pendant encore cinq ans, le paquebot reste au Havre, immobilisé. Il repart ensuite en mer, mais sous d’autres noms, comme Norway, ou Blue Lady, avant d’être démantelé en Inde en septembre 2007, en toute discrétion. À l’époque, nos reporters parviennent tout de même à filmer quelques images, que vous pouvez revoir dans notre reportage. 

Aujourd’hui, la coque du France n’existe plus, mais le nez a survécu. Il est désormais exposé en plein air dans un coin du port du Havre. Quatre tonnes revenues de loin, symboles d’une époque révolue. "Pour moi, c’est un déchirement et puis, pour la France, peut-être la forme de la fin d’un espoir, la fin d’un rêve, d’une sorte de croyance dans une superpuissance de la France", reprend Marie-Anne Du Boullay, directrice de French Lines & Compagnies.

"Un succès commercial"

Les derniers vestiges du paquebot hors normes sont également entreposés dans un bâtiment du Havre, interdit au public. L’histoire des compagnies transatlantiques sommeille sur ces étagères. Des chaises, des fauteuils, mais aussi des objets rares comme une publicité d’agence de voyages y trônent. Car en plus des traversées de l’Atlantique, le paquebot a effectué des croisières. "Vous pouviez partir pour deux à trois jours, ce qu’ils appelaient les week-ends en mer, mais également pour des croisières tour du monde, il y en aura deux pendant trois mois. Et les croisières étaient remplies à 90% et, de manière générale, les traversées, à 77%. C’est un succès commercial le France", affirme Marie-Anne Du Boullay.

L'entrepôt du Havre renferme aussi d'autres trésors du navire comme le livre d’or signé par le peintre Chagall ou par Louis de Funès. Dans une autre allée, on trouve les costumes de l’équipage : en rouge, les grooms, des mineurs pour la plupart, en noir, le maître d’hôtel et en bleu, les porteurs de bagages. Des centaines de rapports de voyage sont aussi entreposés ici. Chaque trajet y est scrupuleusement détaillé. 

Les pièces les plus précieuses du France ont, elles aussi, été gardées. Sur le port du Havre, le musée maritime et portuaire entrepose un trésor : le nom du paquebot, avec les lettres d’origine, mesurant 2,50 mètres de hauteur et entièrement restaurées. Les bénévoles ont aussi réhabilité la passerelle prestige : 28 mètres foulés par les stars du monde entier, comme Alfred Hitchcock, Dali, Audrey Hepburn, Johnny Halliday et bien d’autres. Il est également possible d'y découvrir une boîte insubmersible qui a protégé, en 1962, une passagère hors du commun : La Joconde. La France la prête aux États-Unis pour trois mois, l’un des très rares voyages officiels de Mona Lisa. 

Comme une peine de cœur mal cicatrisée, le France laisse derrière lui des bribes de métal, des vagues de souvenirs, une certaine idée de la grandeur. Dans les esprits, il navigue encore. Découvrez cet incroyable reportage en tête de cet article.  


Léa Tintillier | Reportage TF1 Quentin Fichet, Florian Le Goïc

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