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Formation des artisans : un lien de confiance fort entre maîtres et apprentis pour atteindre l’excellence

Geoffrey Lopes
Publié le 22 juillet 2022 à 9h01
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

En artisanat, les maîtres d’apprentissage s’attachent à former et transmettre patience et passion.
Jérôme Kuentz, entraîneur de l’équipe de France des techniciens automobile, noue des liens très forts avec ses apprentis jusqu’à les faire concourir dans le monde entier.

136 centres de formation d’apprentis (CFA), 153 000 élèves formés en 2020 à 800 métiers. Les chiffres de l’artisanat en France continuent de croître. Les cols bleus aux travaux manuels, autrefois sévèrement jugés, n’ont plus rien à envier aux cols blancs des bureaux. Les artisans en apprentissage représentent désormais près d’un tiers des étudiants en alternance. La coiffure, la pâtisserie et la boulangerie forment le podium des métiers, talonnés par la maçonnerie.

À la sortie, à en croire les chiffres du baromètre de l’Institut supérieur des métiers (ISM) et MAAF assurance, 64 % des diplômés en artisanat trouvent un emploi moins de 6 mois après avoir décroché leur diplôme. Le CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) suffit pour exercer son activité dans l’artisanat. Mais désormais, beaucoup choisissent d’obtenir un BTS (Brevet de Technicien Supérieur) ou un DUT (Diplôme Universitaire de Technologie) pour acquérir une palette de compétences plus étoffée (management, comptabilité, etc.).

Au-delà des écoles, les entreprises jouent un rôle fondamental. Une relation très forte lie l’apprenti à son maître d’apprentissage. Jérôme Kuentz tient deux garages automobiles en Alsace. Médaillé d’honneur de la Société des meilleurs ouvriers de France, il est fait Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2020. Ses faits d’arme, avoir formé 6 meilleurs apprentis de France et 2 médailles d’excellence au concours internationaux WorldSkills de Calgary et de Kazan. À l’arrivée, l’équipe de France a décroché une sixième place au tableau mondial.

Une "voie de garage" prometteuse

À Linsdorf, dans le Haut-Rhin, le garage Kuentz assure les travaux classiques de mécanique, carrosserie, peinture, le dépannage et l'assistance 24h/24, sans oublier le service cartes grises. L’équipe de Jérôme, désormais gérant, se compose de 16 salariés. 4 apprentis du CAP au BTS la complètent. "J’ai embauché mon premier apprenti dès mon arrivée en 2001", s’exclame Jérôme. Dans la foulée, il devient prof en CFA et les équipes nationales et régionales l’appellent pour entraîner de jeunes concurrents. Lorsque Jérôme Kuentz a démarré, les enseignants considéraient l’artisanat mécanique comme une "voie de garage" ou une "école de la seconde chance". "Beaucoup de professeurs encourageaient leurs élèves aux mauvaises moyennes à faire de l’apprentissage, tandis qu’ils incitaient les bons à suivre une seconde générale", regrette-t-il.

Aujourd’hui, l’entraîneur de l’équipe de France WorldSkills pour la Technologie automobile sent que les choses changent : "Les médias parlent de nous, les concours se font connaître même si les encadrants restent bénévoles. Les concours me permettent de transmettre autrement mon savoir et m’apportent beaucoup. C’est un formidable accélérateur de carrière : en 2/3 ans, on peut faire gagner l’équivalent de 10 ans d’expérience à un concurrent", se réjouit-il. L’attrait d’un podium et d’une reconnaissance sublime les jeunes. Les compétitions internationales leur permettent de découvrir d’autres cultures et d’autres méthodes de travail. Lorsque Jérôme et son équipe interviennent en tenue équipe de France, les collégiens restent impressionnés : "Je sais que des jeunes choisissent mon garage grâce à l’esprit concours que j’insuffle", poursuit le mécanicien.

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Des liens étroits entre maître et apprenti

Les concours donnent surtout un autre relief à la relation entre le maître et son apprenti. Pour gagner, le duo tisse un lien de confiance très fort. "C’est le plus dur à faire", avoue Jérôme Kuentz. Le mécanicien reconnaît se donner corps et âme pour ses poulains : "S’ils ont des questions, y compris les soirs et les week-ends, je réponds. J’estime qu’il faut tout transmettre et je livre toutes les clés pour que mes élèves me dépassent. Je constate que certains professeurs ont peur de le faire, de peur que ses élèves les surpassent. Je ne comprends pas cette logique." Résultat, ses anciens élèves le lui rendent bien. Lorsque l’entraîneur a besoin d’aide, ils interviennent pour coacher, noter et évaluer leurs successeurs.

Le mécanicien, maître d’apprentissage coup de cœur aux trophées de l’apprentissage 2022, reconnaît jouer un rôle dans la vie de leurs protégés. Il donne un sens et fonde des liens dans les quartiers et villages. "Les jeunes ont 16/17 ans. Ils ont leurs premières amourettes, passent leur permis de conduire et vivent parfois loin de leur famille. C’est là qu’ils consolident les fondations de leur métier et de leur vie", observe-t-il. Le maître d’apprenti ne se met pas pour autant la pression. Il leur pose des objectifs, les encourage et valorise la formation. Rien d’évident pour certains d’entre eux, en échec scolaire et en proie à des idées noires : "Je me souviens d’un étudiant en particulier. Les professeurs désemparés ne savaient plus quoi faire. Ils me l’ont amené, on a discuté et je lui ai fait comprendre que je ne le jugeais pas, je cherchais juste à lui donner envie. Il est devenu artisan champion de France mécanique automobile quelques temps plus tard."

Malgré son parcours et sa réputation, Jérôme Kuentz manque de main-d’œuvre dans son garage. À l’instar d’autres métiers, il peine à trouver des collaborateurs et a mis plus de 6 mois à trouver un carrossier. Fort heureusement, l’apprentissage lui offre une opportunité de se dépêtrer de cette difficulté majeure.


Geoffrey Lopes

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