Le ministre du Travail Olivier Dussopt souligne que dans certains secteurs d'activité, le recours à une main d'œuvre immigrée est massif.
25% des commis de cuisine ou des femmes de ménages viendraient ainsi de pays hors UE.
Si ces chiffres sont anciens, ces professions sont toutefois connues pour avoir recours à de nombreux salariés étrangers.

C'est une question brûlante. Adopté le mois dernier, le projet de loi immigration prévoit d'attribuer aux préfets un pouvoir discrétionnaire pour régulariser les travailleurs sans-papiers dans les métiers dits "en tension". Une mesure nécessaire pour le ministre du Travail Olivier Dussopt, pour qui il est indispensable de prendre en compte la réalité du terrain et de ne pas restreindre l'immigration dans certains secteurs d'activité. 

Au micro d'Europe 1, le représentant du gouvernement a estimé que le recours à une main-d'œuvre étrangère était parfois indispensable. "Celles et ceux qui nous disent 'pas d'immigration, immigration zéro', il faut qu’ils m’expliquent comment on fait [...] pour fonctionner sans eux", s'est-il exclamé. Et ce, en particulier, "quand on a déjà 25% des commis de cuisine et des femmes de ménage qui sont issus de l’immigration non européenne".  

Des secteurs fragiles sans main d'œuvre étrangère

Sollicité par TF1info, l'entourage d'Olivier Dussopt n'a, pour l'heure, pas fourni la source des chiffres avancés par le ministre. Il est néanmoins possible de s'appuyer sur les données publiées par la Dares, l'organe statistique du ministère du Travail. En 2021, il a produit à quelques mois d'intervalles deux documents, relatifs aux métiers occupés par les immigrés sur le territoire français. 

Des rapports qui mettent en avant que les métiers au sein desquels on retrouve "le plus d'immigrés" sont ceux des "employés de maison", "cuisiniers", "agents d'entretien" ainsi que les "aides à domicile et aides ménagères". La part d'étrangers exerçant chacune de ces professions est spécifiée, ainsi que celle des étrangers "non originaires de l'Union européenne"

Du tableau de la Dares, on retient qu'aucun métier n'est occupé à 25% ou plus par des immigrés extra-européens. Si les employés de maison sont pour 38,8% des étrangers, "seuls" 20,8% viennent de pays extérieurs à l'UE. Du côté des cuisiniers, la proportion est de 24,1 et 19,4%. La part des agents d'entretien venus de pays hors UE est quant à elle de 13,4% (alors que 17,4% des salariés qui exercent ce métier sont des immigrés).

Fait important : il s'agit là de données relatives à l'année 2017. La Dares, sollicitée par TF1info, confirme ne pas avoir d'éléments plus récents à sa disposition. Elle ne réalise en effet pas d'analyses de cette nature de façon annualisée et s'intéresse à la question de façon périodique, sur la base des enquêtes emploi diligentées par l'Insee. On note par ailleurs que le secteur où l'on retrouve la plus forte part d'immigrés hors-UE est celui des "agents de gardiennage et de sécurité". Ces postes, occupés à plus de 28% par des étrangers, le sont dans 22% des cas par des salariés venus de pays extérieurs à l'Union européenne.

Des métiers sous tension

Sauf à disposer d'éléments chiffrés postérieurs à 2017 (et qui ne seraient pas accessibles publiquement), le gouvernement surestime donc légèrement la part d'immigrés extra-européens dans les métiers qui touchent à la cuisine ou à l'entretien. Cela ne signifie pas pour autant que ces secteurs ne font pas appel massivement à une main-d'œuvre étrangère. L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), lorsqu'on l'interroge sur les propos d'Olivier Dussopt, avance que l'estimation relative aux commis de cuisine "semble assez réaliste". Elle n'a toutefois pas à sa disposition d'éléments chiffrés plus actualisés que ceux fournis par la Dares.

Dans ce secteur comme dans celui de l'entretien, les entreprises sont d'ailleurs nombreuses à déplorer les difficultés récurrentes pour embaucher. Ce qui conduit nombre d'employeurs à faire appel à des personnes sans papiers. Le célèbre chef Thierry Marx, dans une interview donnée début décembre au JDD, lançait d'ailleurs à ce sujet un appel aux pouvoirs publics. "Nous demandons une régularisation rapide de nos salariés étrangers reconnus pour leurs compétences et qui se retrouvent plongés dans l’illégalité du jour au lendemain", plaidait le cuisinier multi-étoilé.

D'une région à l'autre, il faut enfin rappeler que l'on constate de fortes disparités. La part des travailleurs immigrés varie très largement selon l'endroit du territoire auquel on s'intéresse.

On retrouve en Île-de-France une part d'immigrés dans l'emploi plus de 5 fois supérieure à celle observée dans d'autres régions.
On retrouve en Île-de-France une part d'immigrés dans l'emploi plus de 5 fois supérieure à celle observée dans d'autres régions. - Dares

Quand des régions comme la Bretagne, la Normandie ou la Bourgogne-Franche-Comté comptent moins de 6% de travailleurs étrangers dans l'emploi total, l'Île-de-France se distingue. Elle est effet la région métropolitaine où les immigrés sont en proportion les plus représentés, puisqu'ils comptent pour 22% de l'emploi total. C'est notamment pour prendre en compte ces disparités que la loi immigration prévoit des quotas par région afin d'encadrer les régularisations de travailleurs en situation irrégulière.

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Thomas DESZPOT

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