Des éleveurs ont trouvé une solution pour faire face à leurs difficultés financières : louer leurs vaches laitières.
Cela leur permet d'agrandir leur cheptel sans contracter un nouveau prêt.
Plusieurs d'entre eux témoignent auprès de TF1.

Dans le troupeau de Justine et Aurélien Chêne, composé de 80 vaches laitières, une sur deux est en location. "C'est nous qui en avons la responsabilité, donc qu'elles soient à mon nom, parce que je les ai achetées ou parce que je les loue, pour nous, c'est pareil", indique l'éleveuse. Avec son compagnon, ils se sont installés à Beaupont, dans l’Ain, il y a deux ans. Après avoir emprunté 750.000 euros pour acheter le bâtiment et le matériel, ils n’avaient pas d’autre choix que de louer 50% de leur cheptel. "Si on achète des génisses, il faut sortir de l'argent. En gros, une génisse, c'est 1800 euros x40", précise la jeune femme. Soit 72.000 euros qu'ils n'ont pas eu à emprunter. "Si on avait dû débourser cette somme, on n'aurait pas pu s'installer en fait", assure Aurélien.

1 000 éleveurs concernés

La location d’une bête coûte 20 à 25 euros par mois, avec comme avantage une production de lait immédiate et en quantité. "Pour avoir un bon niveau génétique, il faut des années parce que ça se travaille sur plusieurs générations. Et là, on se retrouve avec des vaches qu'on loue qui font 40 litres de lait par jour. C'est juste exceptionnel", se félicite Justine. La nourriture et les soins vétérinaires sont à la charge de l’éleveur, mais l’entreprise de location visite chaque ferme quatre fois par an pour s’assurer du bien-être animal. 

Les vaches sont louées pendant huit ans maximum, avant d’être réformées. Huit années, durant lesquelles Jacky Baudot, de la régie de troupeaux laitiers Gestel, assure un suivi régulier. "On voit qu'elles ont un poil très fin, donc ça veut dire qu'elles ont une bonne alimentation. On ne voit pas les côtes, donc elles sont très bien, bien nourries, bien complémentées en minéral", assure-t-il. La location de cheptels en France concerne près de 1000 éleveurs, un système possible grâce à des investisseurs comme Michel Mouline, propriétaire de vaches. 

Il y a un an, ce retraité a investi 20.000 euros. "Je suis propriétaire de 11 vaches. Je voulais aussi donner un sens à mon investissement. C'est du concret. Là, on n'est pas dans l'émotionnel, ni dans des variations de flux financiers ou quoi que ce soit. Là, il y a quatre pattes et la bête broute de l'herbe", dit-il. Une façon pour lui de soutenir l’agriculture et de placer ses économies. "L'entreprise existe depuis très longtemps et le placement est très stable. On n'a pas de variations, on ne subit pas les fluctuations des marchés financiers. Sur ces quinze dernières années, on a un rendement de 3,32 % net pour l'investisseur et l'économie d'impôt varie entre 2,5 et 3%", explique Carl Darjinoff, directeur de la relation investisseurs.

Un système rentable pour les investisseurs et indispensable pour certains agriculteurs déjà très endettés. C'est le cas de Laurent Jacquemoud qui possède une exploitation près de Bourg en Bresse. "Moi, depuis que je suis installé, j'ai investi plus d'1,5 million d'euros. Et tout ça, ça repose que sur mes épaules. La banque m'a suivi sur tous les projets de bâtiment et à un moment, elle m'a dit stop", raconte-t-il. Laurent a créé une ferme ultramoderne avec, par exemple, un robot autonome qui gère l'alimentation des bovins. Après avoir beaucoup investi dans ses équipements, la location de vache est apparue comme la seule solution pour s'en sortir. "La location m'a permis d'avoir plus de vaches, donc un peu plus de volume pour pouvoir rembourser tous ces emprunts", ajoute-t-il. Aujourd'hui, 42.000 bovins sont loués dans toute la France. C'est 40% de plus qu'il y a dix ans.


V. F | Reportage TF1 : Séverine Agi et Anthony Cerrone

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