"Tout ce que je gagne, je le dépense" : pourquoi y a-t-il autant de salariés payés au Smic en France ?

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Ludovic Romanens, Maxime Laurent
Publié le 2 janvier 2024 à 10h48

Source : JT 20h Semaine

Le pourcentage de salariés payés au salaire minimum atteint désormais 17,3%.
C'est le plus haut niveau jamais enregistré.
Comment l'expliquer ?

Ils sont agents de sécurité, serveurs, personnels hospitaliers. Ou chauffeurs de bus, comme Mounir, qui confie à TF1 : "Tout ce que je gagne, je le dépense. Certes, il me reste zéro à la fin du mois, mais je ne dois rien, et c’est reparti pour un tour le mois suivant." Ils sont payés depuis longtemps au salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic). Et ils sont toujours plus nombreux. Actuellement, 17,3 % des salariés sont rémunérés sur cette base, soit pratiquement un sur cinq, contre 14,5 % un an plus tôt. Un record. Et un phénomène qui s’explique.

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Première cause : les différentes hausses de ces dernières années. Le Smic, seule rémunération légalement indexée sur l’inflation, a été revalorisé à sept reprises entre le 1ᵉʳ janvier 2021 et le 1ᵉʳ mai 2023, à hauteur de 168 euros (13,5%) sur cette période. Il vient, comme chaque début d’année, d’être revalorisé, passant de 1.383,08 euros par mois (pour 35 heures de travail) à 1.398,69 euros, une augmentation de 15,61 euros (+ 1,13 %), via un décret paru le 20 décembre au Journal officiel

En conséquence de quoi, les bas salaires, ceux qui étaient légèrement au-dessus, commencent à rejoindre cette catégorie. C’est ce que craint Willy, fonctionnaire de mairie, émargeant à 1.410 euros net, presque autant que le Smic actuel : "Avec l’évolution de carrière, on sera encore un petit peu plus haut, mais c’est sûr qu’un jour ça va nous rattraper."

Autre explication : de nombreux salariés demeurent payés au Smic faute d'accord dans leurs branches professionnelles. À titre d’exemple, on peut citer pêle-mêle les secteurs de la chimie industrielle, des cafétérias, des casinos ou des jardineries. "Sans accord entre organisations patronales et organisations salariales, la règle, c’est d’appliquer le Smic", explique Me Carole Vercheyre-Grard, avocate au Barreau de Paris, spécialiste du droit du travail.

Certaines rémunérations minimales, fixées dans le cadre de conventions collectives de branche, se trouvent même de plus en plus distancées. Selon le ministère du Travail, aujourd’hui, 34 branches professionnelles (sur 170) affichent des salaires minimums en dessous du Smic (que l'employeur est tenu de compenser). Une partie d’entre elles seront reçues par Olivier Dussopt, ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion, en ce début 2024, pour tenter de remédier à cette situation.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Ludovic Romanens, Maxime Laurent

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